Blog vom 30.03.2026

Histoire courte : le malentendu

Il était une fois un doudou 

Une petite fille avait un doudou. Il était le confident de tous ses secrets d’enfant, partageait ses peines et ses joies. Elle le trimballait partout. Il avait ainsi beaucoup vécu : poussière, pluie, sable, sauce à salade, peinture, larmes. Rien ne l’effrayait plus. Même l’eau du bain ne lui était pas inconnue. La petite fille l’avait posé pour qu’il la regarde barboter et cela s’était finit en drame : une chute dans la baignoire.… La petite fille n’avait pas le droit de le prendre à table, mais comme il n’était jamais très loin, elle l’avait déjà bien souvent câliné avant de s’être lavé les mains au grand désespoir de sa mère. Doudou était devenu une pauvre petite chose sale. Et si on est honnête, il était également difforme. La vie avait laissé ses marques : écrabouillé pour entrer dans un sac, coincé dans une roue de tricycle et écartelé quand sa jambe était restée bloquée dans la porte de l’armoire. La petite fille traînait Doudou partout avec elle, il n’était donc jamais très loin même si souvent elle oubliait qu’il était là. Et ainsi, à force de l’avoir promené de pièce en pièce, bien souvent le soir, elle ne savait plus où elle l’avait laissé…. Commençait alors une de leur fréquente partie de cache-cache. Quand elle l’avait retrouvé, elle l’écrabouillait contre son cœur avec amour. C’était son doudou à elle et personne n’avait le droit de le toucher. Doudou était le meilleur doudou du monde, et la petite fille l’aimait par-dessus tout.   

Il était une fois une œuvre d’art 

Un collectionneur d’art vit, un jour, dans un musée, un tableau qui le toucha tellement qu’il vendit toutes les pièces qu’il avait jusqu’alors accumulées pour pouvoir l’acheter. C’est avec une infinie précaution qu’il le suspendit dans une salle spéciale, avec un éclairage adapté, il savait en effet que l’excès de lumière pourrait l’endommager. Craignant aussi l’humidité, il consulta les meilleurs spécialistes. Suivant leurs conseils, il fit installer un purificateur d’air. Conscient que son unique présence pouvait également causer des dommages irréversibles, il limita même ses visites : Il n’allait l’admirer qu’une seule fois par semaine. C’était son moment privilégié. Il s’habillait avec soin. Et avant d’entrer dans la pièce, il se lavait les mains et enlevait ses chaussures. La toile était si belle, si émouvante, si…. Il n’aurait pas su l’expliquer. Elle le chamboulait. Chaque semaine, une fois qu’il l’avait longuement contemplée, il repartait boulversé et heureux. Cette peinture était si fascinante. Il était extrêmement fier de posséder ce chef-d’œuvre, et c’est pourquoi il autorisait parfois quelques amis triés sur le volet à l’accompagner. C’était la plus belle toile du monde, et le collectionneur l’aimait par-dessus tout.  

Il était une fois une rencontre

Un jour, le collectionneur et la petite fille se rencontrèrent. Et alors qu’elle expliquait avec tendresse à quel point elle aimait Doudou, il ne put retenir une remarque désobligeante : « Quand on aime, on prend soin ! » La petite fille le regarda, puis regarda son doudou, puis le regarda à nouveau et dit en s’excusant : « C’est que je l’aime tellement, je veux toujours l’avoir avec moi. » Après ce court échange ils repartirent chacun de leur côté.   

Mais depuis ce jour, la petite fille se dit souvent qu’elle devrait peut-être prendre plus soin de son doudou…. avant de se rappeler que ce vieux monsieur aigri n’avait sûrement rien compris à l’amour.   

Et depuis ce jour, le collectionneur se dit souvent qu’il devrait peut-être passer plus de temps avec son tableau.… avant de se convaincre que cette sale gamine n’avait sûrement rien compris à l’amour.

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